Aperçu
Le moyen egyptien (ou egyptien classique) est la phase de la langue egyptienne ancienne parlee et surtout ecrite entre environ 2000 et 1350 av. J.-C. (du Moyen Empire au debut du Nouvel Empire). C'est la forme la mieux enseignee et la mieux documentee de l'egyptien: elle sert de reference grammaticale standard et est demeuree une langue litteraire et monumentale de prestige (le "latin" de l'Egypte) jusqu'a l'epoque greco-romaine. L'egyptien constitue une branche autonome de la famille afro-asiatique (aux cotes du semitique, berbere, couchitique, tchadique, omotique). Il s'ecrit principalement en hieroglyphes (ecriture figurative monumentale), avec ses variantes cursives hieratique (manuscrits) puis demotique. Systeme mixte: signes phonetiques (consonantiques), logogrammes et determinatifs semantiques muets. Dechiffre par Jean-Francois Champollion (annonce publique 1822), grace a la pierre de Rosette et a sa connaissance du copte, ultime descendant de l'egyptien.
Histoire du peuple
La civilisation de l'Egypte pharaonique se developpe dans la vallee et le delta du Nil. Unification de la Haute et de la Basse-Egypte vers 3100 av. J.-C. (attribuee traditionnellement a Narmer/Menes), inaugurant une sequence de dynasties: Ancien Empire (pyramides de Gizeh, IIIe-VIe dyn.), Premiere Periode intermediaire, Moyen Empire (XIe-XIIe dyn., apogee de la langue classique et de la litterature), Deuxieme Periode intermediaire (Hyksos), Nouvel Empire (XVIIIe-XXe dyn.: Hatchepsout, Thoutmosis III, Akhenaton, Toutankhamon, Ramses II), Troisieme Periode intermediaire, Basse Epoque, puis dominations perse, macedonienne (Alexandre, 332 av. J.-C.), dynastie ptolemaique lagide (jusqu'a Cleopatre VII) et annexion romaine (30 av. J.-C.). Societe fortement hierarchisee autour du pharaon (roi divin), d'une administration de scribes, d'un clerge puissant et d'une religion polytheiste centree sur le culte des morts, la Maat (ordre cosmique) et les grands sanctuaires. L'ecriture, monopole des scribes, est un instrument de pouvoir administratif, religieux et memoriel.
Histoire de la langue
L'egyptien est atteste sur plus de trois millenaires et demi, la plus longue documentation ecrite continue d'une langue. Phases: (1) egyptien archaique/ancien (Ancien Empire, textes des Pyramides, c. 2700-2100 av. J.-C.); (2) moyen egyptien ou egyptien classique (c. 2100-1350, langue de la grande litterature: Sinouhe, Naufrage, Enseignements), conserve ensuite comme langue litteraire/religieuse figee jusqu'a l'epoque romaine; (3) neo-egyptien (c. 1350-700, langue vernaculaire du Nouvel Empire, avec articles et nouvelle syntaxe); (4) demotique (c. 700 av. J.-C.-Ve s. apr. J.-C., langue et ecriture cursive); (5) copte (c. 300 apr. J.-C.-XVIIe s. comme langue vivante), ecrit en alphabet grec augmente de signes demotiques, ultime forme et cle du dechiffrement. Extinction: le copte parle s'eteint progressivement apres la conquete arabe (VIIe s.), supplante par l'arabe; il survit comme langue liturgique de l'Eglise copte orthodoxe jusqu'a aujourd'hui. Les ecritures anterieures (hieroglyphes, demotique) tombent en desuetude aux IVe-Ve s. apr. J.-C. avec la christianisation et la fermeture des temples paiens.
L’écriture
L'ecriture hieroglyphique (grec hierogluphika, "gravures sacrees"; nom egyptien mdw-nṯr "paroles du dieu") apparait vers 3200 av. J.-C. (etiquettes d'Abydos, palette de Narmer) et reste en usage jusqu'a la fin du IVe s. apr. J.-C. Le dernier hieroglyphe date connu est le graffito de Nesmeterakhem (Esmet-Akhom) a Philae, du 24 aout 394 apr. J.-C. Environ 700 a 1000 signes courants au moyen egyptien (l'inventaire explose a plusieurs milliers a l'epoque greco-romaine). Trois valeurs fonctionnelles d'un meme signe selon le contexte: (1) phonogramme (valeur sonore consonantique, 1 a 3 consonnes); (2) logogramme/ideogramme (mot entier, souvent marque par un trait vertical 𓏤 dit "trait du sens"); (3) determinatif (place en fin de mot, non prononce, precise la categorie semantique). Direction d'ecriture variable: le plus souvent de droite a gauche, mais aussi de gauche a droite ou en colonnes verticales; regle cle: les signes figuratifs (surtout tetes humaines/animales) "regardent" vers le debut de la ligne, donc on lit EN VENANT DE la direction vers laquelle ils font face. Pas de separation de mots, pas de ponctuation. Les groupes de signes sont disposes esthetiquement en "cases" (quadrats) rectangulaires equilibrees. L'hieratique (cursive, sur papyrus/ostraca, des les origines) et le demotique (a partir du VIIe s. av. J.-C.) sont des simplifications cursives du meme systeme.
Système de signes
La reference standard de classement est la Sign List d'Alan Gardiner (Egyptian Grammar, 1927; 3e ed. 1957), qui organise ~760 signes courants en 26 categories thematiques etiquetees A-Z + Aa: A hommes/occupations, B femmes, C divinites, D parties du corps, E mammiferes, F parties de mammiferes, G oiseaux, H parties d'oiseaux, I amphibiens/reptiles, K poissons, L invertebres, M plantes, N ciel/terre/eau, O batiments, P bateaux, Q mobilier, R temple/culte, S couronnes/vetements, T armes, U agriculture/artisanat, V cordes/paniers, W vases, X pains, Y ecriture/musique, Z traits/formes geometriques, Aa signes non classes. Chaque signe recoit un code (ex. G1 = vautour = ꜣ; N35 = ligne d'eau = n; S34 = ꜥnḫ). Phonogrammes: 24 unilitteres (le pseudo-"alphabet"), ~80 bilitteres, une vingtaine a une trentaine de trilitteres. Complements phonetiques: petits phonogrammes redondants accompagnant un bi/trilittere pour lever l'ambiguite (ex. nfr F35 souvent suivi de f et r). Codage informatique: Manuel de Codage (MdC) et bloc Unicode Egyptian Hieroglyphs (U+13000-U+1342F, 1071 signes, introduit en Unicode 5.2, octobre 2009), etendu ensuite (Unicode 12+ ajoute des controles et extensions).
Phonologie
Ecriture quasi exclusivement consonantique (comme les ecritures semitiques): voyelles non notees, d'ou une vocalisation en grande partie reconstruite (via copte, transcriptions cuneiformes/grecques, comparaison afro-asiatique). Les egyptologues emploient une prononciation conventionnelle de commodite (insertion d'un e entre consonnes; ꜣ et ꜥ lus a; j et w lus i/ou). Inventaire consonantique (translitteration egyptologique classique): ꜣ (aleph), j/ỉ (yod), y, ꜥ (ayin, pharyngale voisee), w, b, p, f, m, n, r, h, ḥ (pharyngal), ḫ (velaire), ẖ (palatale), z et s (sifflantes distinctes a l'origine puis confondues), š, q/ḳ (uvulaire emphatique), k, g, t, ṯ (tj), d, ḏ (dj). Un systeme de translitteration unifie (dit de Leiden) normalise certains signes. Distinctions souvent neutralisees a l'ecrit ou en moyen egyptien: z/s, t/ṯ, d/ḏ.
Grammaire — essentiels
Langue afro-asiatique. Genre: masc. non marque / fem. en -t (𓏏). Nombre: pluriel -w (souvent 3 traits 𓏪 ou triplement du signe), duel -wj (m.)/-tj (f.), marque par deux traits (𓏭). Pas d'article defini en moyen egyptien classique. Pronoms suffixes (possessifs et sujets): =j (1sg), =k (2sg m.), =ṯ (2sg f.), =f (3sg m.), =s (3sg f.), =n (1pl), =ṯn (2pl), =sn (3pl); plus pronoms dependants et independants. Genitif direct (juxtaposition) ou indirect avec nj/nt/nw accorde. Ordre de base VSO. Verbe = formes suffixales (sḏm=f imperfectif/aoriste ou perfectif selon graphie et contexte; sḏm.n=f accompli/passe; prospectif/subjonctif; passifs sḏm.w, sḏm.tw; formes emphatiques nominales). Statif (pseudo-participe) pour l'etat resultant. Participes et formes relatives. Negations: n + suffixale, nn, tm (auxiliaire negatif), m + infinitif (imperatif negatif). Prepositions cles: m, n, r, ḥr, ḫr, ḏr. Constructions pseudo-verbales: sujet + ḥr/m + infinitif (progressif), sujet + r + infinitif (futur).
Conseils de lecture
Methode de lecture operationnelle: (1) Determiner la direction: reperer les signes figuratifs orientes (visages, oiseaux); on lit en allant vers eux — s'ils regardent a droite, on lit de droite a gauche. En colonnes, lire de haut en bas, colonne apres colonne selon la meme regle. (2) Segmenter les mots (pas d'espaces): reperer les determinatifs, qui marquent la FIN d'un mot et en donnent la categorie (ex. 𓀀 homme, 𓊹 divin, 𓂻 jambes = mouvement, 𓏤 trait = logogramme). (3) Translitterer chaque phonogramme en consonnes, en regroupant bi/trilitteres et leurs complements phonetiques (redondants: ne pas les compter deux fois). (4) Ne pas chercher de voyelles ecrites; la vocalisation est conventionnelle. (5) Reconnaitre les cartouches (nom royal) et les formules figees (voir formules). (6) Attention a la transposition honorifique: le nom d'un dieu ou du roi est souvent ecrit graphiquement en tete d'un groupe/phrase alors qu'il se lit apres. (7) Verifier le genre (-t final) et le nombre (deux traits = duel, trois traits = pluriel). (8) Identifier le predicat: forme verbale sḏm=f, statif, ou phrase non verbale (A pw "A c'est...", nominale). Toujours donner la translitteration avant la traduction et signaler les lectures incertaines.
Pièges à éviter
Pieges majeurs pour un lecteur ou un moteur automatique: (1) Absence de voyelles: toute vocalisation est une convention moderne — ne jamais presenter une prononciation comme certaine. (2) Absence d'espaces et de ponctuation: la segmentation en mots depend de la reconnaissance des determinatifs et des schemas connus. (3) Direction variable (droite-gauche, gauche-droite, colonnes): une mauvaise lecture de l'orientation inverse tout; se fier a l'orientation des figures. (4) Un meme signe a plusieurs valeurs (phonogramme / logogramme / determinatif) selon le contexte — ne pas figer une valeur unique. (5) Complements phonetiques redondants: ne pas les lire comme des consonnes supplementaires (p. ex. nfr+f+r se lit nfr). (6) Transposition honorifique: dieux/roi ecrits graphiquement en avance sur leur place syntaxique. (7) Confusions graphiques historiques (z/s, t/ṯ, d/ḏ, ẖ/ḫ). (8) Signes rares et graphies tardives (epoque greco-romaine) tres differents du repertoire classique. (9) Lacunes et signes endommages sur les originaux: signaler [...] plutot que combler. (10) Faux amis avec le copte pour la vocalisation (le copte reflete un etat tardif et une dialectalisation).
Histoire du déchiffrement
Apres l'antiquite, la lecture des hieroglyphes se perd totalement pendant ~1400 ans. Les tentatives medievales et modernes (dont Athanasius Kircher, milieu XVIIe s.) echouent, faussees par l'idee erronee d'une ecriture purement symbolique/allegorique. Le tournant vient de la pierre de Rosette, decret sacerdotal (decret de Memphis, 196 av. J.-C.) grave en trois ecritures (hieroglyphes, demotique, grec) pour deux langues (egyptien et grec), decouverte en 1799 par l'expedition de Bonaparte en Egypte. Le grec, lisible, fournit la cle. Le physicien anglais Thomas Young (a partir de 1814) etablit que les cartouches contiennent des noms royaux ecrits phonetiquement et identifie plusieurs signes (dont ceux de "Ptolemee"). Jean-Francois Champollion realise la percee decisive: annonce le 27 septembre 1822 dans sa Lettre a M. Dacier, puis systematisee dans son Precis du systeme hieroglyphique (1824). Ses acquis fondateurs: l'ecriture est mixte (phonetique + ideographique, non purement symbolique); les signes phonetiques valent aussi pour les noms egyptiens (pas seulement etrangers); et surtout l'egyptien pharaonique est l'ancetre du copte, qu'il maitrisait, permettant d'attribuer sons et sens. La comparaison des cartouches de Ptolemee (Rosette) et Cleopatre (obelisque de Philae) confirma les valeurs phonetiques. La grammaire moderne fut ensuite fondee par A. Erman, K. Sethe (ecole de Berlin) puis codifiee par A. Gardiner.
Formules & expressions courantes
- ḥtp-dj-nsw
- "Offrande que donne le roi" — formule d'introduction des offrandes funeraires, quasi omnipresente sur steles et tombes.
- ꜥnḫ wḏꜣ snb — a.w.s.
- "Vie, prosperite, sante" — souhait apres la mention du roi/pharaon (equivalent de "qu'il vive...").
- dj ꜥnḫ (ḏt)
- "Doue de vie (eternellement)" — epithete royale suivant les cartouches.
- nsw-bjtj
- "Roi de Haute et Basse-Egypte" (litt. "celui du jonc et de l'abeille") — titre royal precedant le nom de trone.
- sꜣ Rꜥ
- "Fils de Re" — titre precedant le nom de naissance du roi dans le cartouche.
- ꜥnḫ ḏt
- "Qu'il vive eternellement" — souhait de perennite.
- mꜣꜥ-ḫrw
- "Juste de voix / justifie" — epithete du defunt ayant reussi le jugement d'Osiris.
- ḥtp dj Wsjr
- "Offrande que donne Osiris" — variante orientee vers le dieu des morts.
- nb tꜣwj
- "Seigneur des Deux Terres" — epithete royale (Haute + Basse-Egypte).
Corpus & éditions de référence
- Thesaurus Linguae Aegyptiae (TLA), Berlin-Brandenburgische Akademie der Wissenschaften (corpus lexical et textuel en ligne)
- Ramses Online / Projet Ramses (neo-egyptien, Univ. de Liege)
- Coptic Scriptorium (pour le copte, aval de l'egyptien)
- Corpus des Textes des Pyramides (ed. Sethe) et Textes des Sarcophages (ed. de Buck)
- Ressources lexicales en ligne (p. ex. AED / dictionnaires derives du Woerterbuch)
- Unicode Egyptian Hieroglyphs (U+13000-) + Manuel de Codage (MdC) pour l'encodage des signes
- JSesh (editeur libre de hieroglyphes) et bases de signes associees
Références bibliographiques
- Alan H. Gardiner, Egyptian Grammar: Being an Introduction to the Study of Hieroglyphs, 1927 (3e ed. 1957) — Grammaire et Sign List de reference absolue; classement standard des signes (codes A1, N35...).
- James P. Allen, Middle Egyptian: An Introduction to the Language and Culture of Hieroglyphs, 2000 (3e ed. 2014) — Manuel pedagogique moderne standard, tres utilise dans l'enseignement anglophone.
- Raymond O. Faulkner, A Concise Dictionary of Middle Egyptian, 1962 — Dictionnaire de reference maniable du moyen egyptien (Griffith Institute).
- Adolf Erman & Hermann Grapow, Woerterbuch der aegyptischen Sprache, 1926-1931 (5 vol.; Belegstellen 1935-1953) — Grand dictionnaire historique de l'egyptien (Berlin), reference lexicographique majeure (abrege Wb.).
- Jean-Francois Champollion, Lettre a M. Dacier relative a l'alphabet des hieroglyphes phonetiques, 1822 — Acte de naissance du dechiffrement des hieroglyphes (lue devant l'Academie le 27 septembre 1822).
- Jean-Francois Champollion, Precis du systeme hieroglyphique des anciens Egyptiens, 1824 — Exposition systematique du systeme d'ecriture dechiffre.
- Antonio Loprieno, Ancient Egyptian: A Linguistic Introduction, 1995 — Presentation linguistique de l'egyptien dans son cadre afro-asiatique et diachronique.
- Pierre Grandet & Bernard Mathieu, Cours d'egyptien hieroglyphique, ed. Kheops, 1990 (rev.) — Manuel francophone de reference pour l'apprentissage du moyen egyptien.
- Wolfgang Schenkel, Einfuehrung in die altaegyptische Sprachwissenschaft, 1990 — Introduction germanophone a la linguistique de l'egyptien ancien.
Fiabilité de ce dossier
Fiabilite globale elevee: le moyen egyptien est une langue pleinement dechiffree, dotee de grammaires, dictionnaires et corpus academiques etablis; les faits centraux (dechiffrement 1822 Champollion, pierre de Rosette 196 av. J.-C., dernier hieroglyphe 394 apr. J.-C. a Philae, Sign List de Gardiner, valeurs des unilitteres, structure VSO, systeme sḏm=f) sont solides et verifies. Incertitudes assumees et signalees: la vocalisation reste largement reconstruite (conventionnelle); certaines valeurs phonetiques anciennes (nature exacte de ꜣ, distinction z/s) font debat; les systemes de translitteration (egyptologique classique vs unifie de Leiden) coexistent. Toutes les references citees existent et sont des standards du domaine. Corrections apportees a la version d'origine: nfr reclasse en trilittere (n-f-r) et non bilittere; distinction duel (deux traits) / pluriel (trois traits) clarifiee dans le prompt operationnel; datation precise du dernier hieroglyphe ajoutee; date/statut Unicode et Woerterbuch precises.
Dossier généré par IA puis vérifié pour limiter les erreurs et fausses références. À croiser avec les sources citées pour tout travail savant ou publication.